Le bon patron qui oublie les chiffres

On aime les leaders humbles, attentifs, disponibles, presque thérapeutiques. Ils écoutent, soutiennent et développent les employés. Mais est-ce que ce style de leadership aide aussi l’entreprise à gagner de l’argent? Dans un article publié dans le Journal of Organizational Behavior, Therese Egeland, Alexander Madsen Sandvik, Vidar Schei et Claudia Buengeler montrent que le leadership serviteur pourrait avoir un coût, surtout lorsqu’il affaiblit trop le climat de performance.

Dans une étude sur le terrain, les chercheurs ont suivi 120 petits cabinets comptables norvégiens, en combinant les réponses des employés, celles des dirigeants et des données financières publiques. Les employés évaluaient le leadership serviteur et le climat motivationnel de l’entreprise. Six mois plus tard, les dirigeants évaluaient les comportements d’entraide. La performance financière, mesurée par le rendement des actifs, provenait de registres officiels, avec contrôle de la performance passée.

Ils ont trouvé que le leadership serviteur était associé à un climat de maîtrise, centré sur l’apprentissage, la collaboration et l’amélioration, ce qui prédisait davantage d’entraide. Mais il était aussi associé à un plus faible climat de performance, centré sur les standards, la comparaison et l’atteinte de résultats. Or ce climat de performance prédisait une meilleure performance financière. L’effet indirect du leadership serviteur sur la performance financière était donc négatif, par l’affaiblissement du climat de performance.

Il faut toutefois noter que l’autonomie changeait le portrait. Quand l’autonomie était élevée, le climat de performance ne prédisait plus vraiment la performance financière. Quand elle était faible, il devenait beaucoup plus utile. Autrement dit, plus les employés disposent de latitude, moins l’entreprise semble dépendre d’un climat centré sur la comparaison et les résultats visibles. On peut donc en conclure qu’un bon climat relationnel ne remplace pas des attentes claires. Mais que les attentes claires n’ont pas toujours besoin de prendre la forme d’une compétition permanente.