Quand confiance n’égale pas crédibilité

Dans les organisations, la confiance affichée reste un raccourci puissant. Un gestionnaire qui affirme être « certain à 95 % » paraît spontanément plus crédible qu’un autre qui parle de probabilités plus modestes. Mauricio Palmeira et Timothy Heath, dans Organizational Behavior and Human Decision Processes, montrent toutefois que ce réflexe dépend fortement de l’auditoire et du contexte.
Les auteurs ont mené sept études expérimentales auprès de plusieurs centaines de participants. On présentait aux répondants des conseillers fictifs, économistes, analystes sportifs ou financiers, qui formulaient des prédictions accompagnées de niveaux de confiance différents, par exemple 75 % versus 95 %. Les participants devaient ensuite juger leur expertise ou choisir lequel engager. Un élément central du dispositif est le Cognitive Reflection Test, un court test composé de trois problèmes simples en apparence, mais qui exigent de résister à une réponse intuitive erronée. Ce test permet de distinguer les individus plus réflexifs, enclins à questionner leur première impression, des individus moins réflexifs, davantage portés à accepter l’information telle qu’elle est présentée.
Chez les participants moins réflexifs, la règle « plus confiant = plus expert » tient. Chez les plus réflexifs, l’effet s’inverse dans les contextes incertains. Un conseiller affichant 95 à 100 % de certitude est alors perçu comme moins compétent qu’un autre exprimant 70 à 80 % de confiance. L’hypothèse implicite est simple : ignorer l’incertitude trahit une compréhension limitée de la complexité. En revanche, lorsque la situation est objectivement très prévisible, par exemple lorsqu’un parti gagne la même circonscription depuis vingt ans, la forte confiance redevient cohérente et ne pénalise plus l’expert.
Un autre apport important pour les milieux de travail concerne la variabilité de la confiance affichée. Un conseiller qui module son niveau de certitude selon les dossiers est perçu comme plus expert qu’un autre qui affiche une confiance uniforme, même si sa confiance moyenne est plus faible. Nuancer devient alors un signal de discernement. Pour les gestionnaires, la conclusion est pragmatique : la crédibilité ne tient pas au volume de la certitude, mais à sa calibration et à son ajustement au contexte.