On célèbre souvent la flexibilité du travail de plateforme. « Travailler quand on veut », promettent les applications. Mais pour les travailleurs indépendants payés à la tâche, cette liberté a un prix : leur bien-être dépend d’un système de notation opaque et permanent. Une étude publiée dans le Journal of Organizational Behavior par Liang, Sun et Zhu montre que ces évaluations ne sont pas anodines. Elles affectent directement la santé psychologique des travailleurs.
Les auteurs ont suivi plusieurs centaines de livreurs et de chauffeurs en Chine, analysant leur réaction après avoir reçu une note négative. Le verdict est clair : une mauvaise évaluation suffit à réduire le sommeil, à accroître la rumination et à maintenir un stress élevé jusqu’au lendemain. Les effets sont plus marqués chez ceux qui croient que leur performance dépend entièrement de l’algorithme. Difficile de décrocher quand son revenu et sa réputation reposent sur une étoile en moins.
Ces systèmes de notation ont sans doute des effets positifs pour les plateformes et les employeurs. Ils permettent d’assurer un niveau de performance élevé et d’offrir un retour immédiat sur la qualité du service. Mais ils imposent aussi un coût psychologique aux travailleurs, et encore davantage à ceux qui sont les plus vulnérables financièrement. Les plateformes ont trouvé dans l’algorithme un outil efficace pour stimuler l’effort, mais au prix d’une exposition accrue au stress et à la fatigue mentale.
La recherche soulève ainsi une question plus large, qui dépasse le cas des livreurs et des chauffeurs. Comment concilier la recherche de performance avec la préservation de la santé psychologique dans un monde du travail de plus en plus mesuré et noté? La pratique et le droit du travail devront s’intéresser à cet enjeu pour trouver un équilibre plus durable entre productivité et bien-être.