Le travail hybride, pas pour tout le monde

Depuis la pandémie, on répète que le travail hybride combine le meilleur des deux mondes : la liberté du télétravail et la cohésion du bureau. Or, une étude publiée dans le Journal of Vocational Behavior par Caroline Knight, Matthew McLarnon, Doina Olaru, Julie Lee et Sharon Parker montre que cette promesse n’est vraie que pour certains. Tous les employés ne réagissent pas de la même manière à la combinaison bureau-maison, et c’est précisément là que les organisations ont quelque chose à apprendre.
Les chercheurs ont suivi 386 employés australiens qui partageaient leur semaine entre le bureau et la maison. En analysant quatre dimensions clés : autonomie, soutien social, charge de travail et surveillance, ils ont dégagé quatre profils de travailleurs hybrides. Pour environ la moitié d’entre eux, le lieu importait peu. Ceux qui bénéficiaient d’un bon design de travail s’en sortaient bien partout, tandis que ceux pris dans un environnement contrôlant et pauvre en soutien allaient mal, qu’ils soient chez eux ou au bureau. Autrement dit, un mauvais design reste mauvais, peu importe la chaise sur laquelle on s’assoit.
Mais pour l’autre moitié, le contexte faisait toute la différence. Certains fonctionnaient mieux à la maison, où ils pouvaient organiser leur journée et éviter la micro-surveillance. D’autres, au contraire, retrouvaient au bureau le soutien et la structure qui leur manquaient chez eux. Cette diversité d’expériences montre qu’il n’existe pas un modèle d’hybridité efficace, mais plusieurs équilibres possibles selon les tâches, les préférences et les conditions de travail.
L’étude reste toutefois centrée sur le bien-être au travail, sans aborder la performance ou le succès organisationnel. On y mesure le sentiment d’épanouissement personnel, pas les résultats. Une recherche subséquente pourrait éclairer si les profils les plus heureux sont aussi les plus performants, ou si certaines formules, moins confortables pour l’employé, favorisent pourtant la collaboration, la créativité ou la productivité collective. En attendant ces données, cette recherche a au moins l’avantage d’amener au débat que pour les employés comme pour les entreprises, la meilleure façon de définir le retour au bureau n’est pas d’imposer des règles uniformes pour tous.